Fabien Strtak, Directeur territorial, expert secteur « Transport » chez RYDGE Conseil
La récente flambée des prix du carburant s’inscrit dans un contexte géopolitique particulièrement tendu ces dernières années (conflit Russie-Ukraine, Moyen-Orient).
L’intensification du conflit ravive les craintes autour de la sécurité du détroit d’Ormuz, point de passage stratégique par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial. Toute perturbation, réelle ou anticipée, alimente immédiatement la volatilité des marchés et renchérit les coûts d’approvisionnement.
Pour les entreprises, notamment dans le transport et le BTP, cette hausse vient directement impacter les marges et la trésorerie ; et potentiellement la pérennité de l’entreprise, à moyen terme.
Dans ce contexte, la recommandation des experts du cabinet RYDGE Conseil s’articule autour de quatre leviers d’action concrets :
Activer, sans délai, les dispositifs de soutien disponibles
Les mesures publiques constituent un premier amortisseur.
Par exemple, une PME de transport régional peut solliciter un report de ses cotisations Urssaf sur 6 à 12 mois pour préserver sa trésorerie immédiate.
De même, une entreprise de livraison avec une flotte d’une dizaine de véhicules, dont le carburant représente plus de 5 % du chiffre d’affaires, peut mobiliser le prêt Flash Carburant pour financer ses surcoûts, sans déséquilibrer son exploitation.
Repenser la gestion des coûts et des prix
La hausse du carburant impose des ajustements rapides.
Concrètement, certains transporteurs intègrent déjà des clauses d’indexation du prix du carburant dans leurs contrats, indexées sur un indice de référence.
D’autres revoient leurs grilles tarifaires mensuellement. Un artisan du BTP, par exemple, peut intégrer une ligne “variation énergie” dans ses devis pour sécuriser ses marges sur les chantiers longs.
Optimiser les opérations et la consommation énergétique
Des gains immédiats existent.
Une entreprise de transport peut réduire ses kilomètres à vide, en mutualisant ses livraisons ou en optimisant ses tournées via des outils de planification.
Une flotte de véhicules entretenue régulièrement et des conducteurs formés à l’éco-conduite peuvent générer jusqu’à 10 % d’économie de carburant.
Certains acteurs vont plus loin, en limitant les déplacements non essentiels ou en reportant certains trajets dans l’attente de la baisse du prix des carburants.
Accélérer la réflexion stratégique à moyen terme
Cette crise souligne l’intérêt d’investir dans des solutions plus résilientes.
Par exemple, une société de transport urbain peut, progressivement, intégrer des véhicules électriques pour ses trajets courts, tandis qu’une entreprise agroalimentaire peut relocaliser une partie de ses approvisionnements pour réduire sa dépendance logistique.
D’autres entreprises investissent dans des véhicules utilisant des carburants alternatifs qui leur permettent de bénéficier d’un suramortissement fiscal (bioGNV, B100, hydrogène, etc.).
Dans un environnement incertain, la clé réside dans la capacité à piloter votre activité : combiner réactivité à court terme et vision stratégique, en transformant une contrainte conjoncturelle en levier d’adaptation durable.