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ESS et territoires

Comment les associations de l’ESS réinventent leur modèle économique pour assurer leur pérennité ?

Face à la baisse des financements publics, l'association Saint Ex Culture Numérique à Reims a engagé une transformation stratégique de son modèle économique. Grâce à un accompagnement, elle a structuré de nouvelles offres de services, diversifié ses sources de revenus et renforcé son autonomie financière.

Dans cet épisode, découvrez comment l'ESS peut conjuguer mission sociale, innovation économique et impact territorial, et bâtir des modèles plus résilients, durables et crédibles auprès des partenaires publics et privés. 

Retranscription du podcast "Comment les associations de l’ESS réinventent leur modèle économique pour assurer leur pérennité ?"

Dans cette série « ESS et territoires » du podcast Rydge Conseil, nous décryptons avec nos invités les tendances et les pratiques actuelles de l'économie sociale et solidaire. Nous donnons la parole aux acteurs de l'ESS et des territoires avec pour objectif : vous aider à entreprendre et à valoriser vos initiatives innovantes. Soyez les bienvenus, ce podcast est fait pour vous.

Depuis plusieurs années, les ressources financières de l'État et des collectivités locales diminuent fortement. Les communes, les départements et les régions font des économies et, pour cela, réduisent notamment les subventions accordées aux associations. Alors, pour faire face et assurer son avenir, le secteur réinvente son modèle, ou plutôt ses modèles économiques, au prix parfois de transformations profondes, comme nous allons le voir avec nos deux invités.

Bonjour Géraldine Taillandier.

Bonjour.

Vous êtes directrice de l'association Syntax Culture Numérique à Reims. C'est un centre culturel dédié aux arts numériques et à l'innovation technologique. À vos côtés, Clément Lattuada, vous êtes consultant chez Rydge Conseil, spécialiste de l'économie sociale et solidaire. Bonjour.

Bonjour.

Alors, pour bien comprendre concrètement cette baisse des financements publics, je vous propose de partir de votre cas, à vous, Géraldine Taillandier. Comment se traduisent ces coupes budgétaires pour l'association que vous dirigez ?

Alors, elles se traduisent à plusieurs niveaux, puisqu'on est financés par plusieurs collectivités notamment. Nous, on a été pas mal fragilisés suite à la crise Covid, notamment par des changements d'orientation au niveau des fonds européens, qui ne nous ont pas permis de bénéficier des fonds FEDER comme on l'avait eu au préalable. Et donc 2023, 2024, ça a été assez compliqué. Et puis, l'année dernière, on a subi 15 % de réduction sur nos subventions DRAC.

La Direction régionale des affaires culturelles ?

Tout à fait. Avec la région Grand Est, on a pas mal de financements qui sont plutôt sous forme d'appels à projets. Mais les dotations baissant, les montants accordés, ou les conditions de financement des appels à projets, sont eux-mêmes réduits. Donc ça nous impacte aussi. Et on est principalement financés par la ville de Reims, qui est la seule collectivité qui nous finance sur du fonctionnement. Et l'année dernière, on a subi une baisse d'un peu moins de 10 000 € sur une subvention de 410 000 €. Donc ça peut paraître anecdotique, mais globalement, l'année dernière, on a eu une baisse d'environ 35 000 € sur les subventions.

On le voit donc, votre association repose sur un modèle économique fragile ?

Oui, parce que 90 % du budget global vient de fonds publics. Et je le disais, la ville de Reims, c'est 60, 70 %. Donc, si un jour la ville revoit ses orientations, on pourrait même disparaître.

Ces difficultés, toutes les associations les rencontrent. Aujourd'hui, peut-on parler, Clément Lattuada, de véritable crise de financement de ce secteur ?

Oui, clairement, on peut parler d'une crise, même structurelle, qui touche aujourd'hui l'ensemble du secteur associatif : le social, le médico-social, le handicap, l'enfance, le sport ou encore le secteur culturel — personne n'est épargné. Elle est directement liée à la fragilisation historique du modèle associatif. Et une étude assez parlante est sortie en septembre 2025, de la Fédération des acteurs de la solidarité, qui nous démontre qu'une association sur quatre aujourd'hui déclare être menacée de disparition et faire face à des tensions de trésorerie. Et dans le même temps, alors que les besoins sociaux n'ont jamais été aussi élevés aujourd'hui dans notre pays, paradoxalement, on voit les financements se réduire, voire être complètement remis en question.

Ces financements, ces subventions baissent. Est-ce que vous observez aussi un changement dans la manière dont les financements sont accordés ?

Oui. Par conséquent, et sous l'effet de ces coupes budgétaires, on voit une inversion de la logique de financement de l'action associative. Historiquement, l'association était financée pour l'action qu'elle menait, une activité d'intérêt général. Et aujourd'hui, on voit davantage de structures associatives financées en réponse à des appels à projets, où l'action est conditionnée à l'atteinte d'objectifs ou de résultats. Et cette dynamique remet complètement en question le modèle associatif, et même l'essence même des projets.

À quand remonte, d'après vous, cette crise du financement des associations en France ?

Cette crise du financement ne date pas d'hier, et elle s'est accélérée depuis quelques années sous l'effet de plusieurs phénomènes. Géraldine l'a dit, la crise du Covid a pu mettre en difficulté un certain nombre d'activités, voire les interrompre. Et puis, on a eu aussi, dans un second temps, une crise inflationniste qui s'est répercutée sur les acteurs associatifs, et qui a eu pour effet d'augmenter les coûts — salaires, achats, charges —, sans que leur financement augmente ou suive le même rythme que ces hausses de coûts.

Dans ce contexte, bien évidemment, les associations réagissent. Ça a été le cas de Syntax à Reims, que vous dirigez. On le rappelle, Géraldine Taillandier, vous avez sollicité et obtenu un accompagnement extérieur pour poursuivre vos activités dans les meilleures conditions possibles. Quelle a été votre démarche ?

Notre démarche, c'est que notre statut associatif nous a permis de bénéficier d'un DLA, donc un dispositif local d'accompagnement, qui est opéré sur le territoire du Grand Est par France Active. Et via ce DLA, ça permet de mobiliser un accompagnement gratuit pour les associations, puisqu'il est financé par l'État, la Caisse des dépôts et les collectivités. Donc on fait avec eux un diagnostic, ce qu'on appelle un diagnostic partagé, et après ils lancent un appel d'offres, et ce sont aussi bien les acteurs, conjointement avec France Active, qui choisissent les opérateurs. Et donc c'est Rydge qui a été choisi pour nous.

Comment, concrètement, s'est déroulé l'accompagnement ensuite ?

L'accompagnement s'est déroulé, au final, sur un temps assez long, et ça, c'est aussi ce qui est agréable avec le DLA, c'est qu'il s'adapte évidemment aux acteurs et au contexte. Et nous, ça a été relativement long, en tout cas pour un DLA, puisque ça a duré un an. Ça nous a permis de nous adapter aussi à l'activité de l'association, et ça a permis vraiment, assez vite, concrètement, d'impliquer les parties prenantes. Dès le départ, on a échangé notamment avec nos partenaires. Il a fallu redéfinir un peu les typologies d'activités, parce que la diversité de ce qu'on fait fait qu'en fonction des financeurs, des partenaires, ils n'ont pas forcément une vision globale. Et puis, même en équipe, quand on a la tête dans le guidon, et selon l'apport qu'on a en termes de salariés, on n'a pas forcément non plus cette vision globale. Donc on a remis tout ça à plat, on a redéfini nos axes d'activité autour des activités artistiques, de la médiation, de l'ingénierie et du design. Et l'objectif était vraiment de voir comment, en conservant évidemment ce qu'on fait, sans tout remettre à plat, on pouvait mieux structurer l'activité et diversifier nos financements.

À quelle conclusion êtes-vous arrivée ? Quels axes de développement avez-vous retenus pour assurer un financement plus solide et plus diversifié de votre association ?

Et bien, en fait, on s'est concentrés sur deux typologies d'activités, qui sont plutôt des activités de design, d'ingénierie, qui nous ont permis de modéliser, de structurer et d'être vraiment sur une approche stratégique et opérationnelle. Dans les livrables, ce qui permet à la fois d'impliquer l'équipe dans la réflexion et dans le travail, mais aussi, une fois que c'est terminé, de repartir avec des outils qui sont presque déjà mis en place avant la fin de l'accompagnement.

Vous êtes en train de transformer vos compétences en offres de services monétisables ?

C'est ça. Jusqu'à maintenant, on était plutôt en train de répondre à des sollicitations. Ça se monétise aussi, mais on n'a pas ce réflexe-là, et ça prend plus de temps, parce qu'on s'adapte à chacune des demandes. Et donc, l'idée, c'était vraiment de structurer, de modéliser, et de passer aussi, du coup, à une démarche un peu plus marketing dans la façon dont on communique sur nos activités, qui nous permette vraiment de proposer une offre de service monétisable.

Par exemple ?

Par exemple, au niveau du FabLab, si on rentre dans le détail de l'activité : on est un FabLab qui est ouvert à tous les publics, mais on accompagne aussi bien des artistes, des artisans, des entreprises que des associations. Notamment, on a une association sportive qui est venue nous voir il y a quelques années, parce qu'ils voulaient fabriquer leurs trophées eux-mêmes. Donc on a adapté une offre pour les aider à la fois sur l'idéation, le prototypage et la réalisation. Et donc, par exemple, avec ce type d'activité, c'est presque trois offres de services qu'on peut développer et proposer à des partenaires.

Il y a d'autres axes de développement qui ont émergé suite à ce diagnostic ?

Oui, des propositions autour de la mise à disposition de nos espaces, parce qu'on bénéficie d'un lieu qui appartient à la ville de Reims, avec de grands espaces. On les met à disposition, parce que voilà, le tissu associatif de Reims nous demande régulièrement des espaces, et très souvent, on essaie de les organiser autour de notre programmation, et du coup d'être sur une offre de mise à disposition un peu adaptée, qui permette vraiment de créer des échanges. Et donc, sur cette mise à disposition, pareil, on a modélisé trois types de mise à disposition qu'on fait déjà et sur lesquels on peut communiquer et développer.

À la clé, de nouvelles sources de revenus ?

Tout à fait. Dans le cadre de l'accompagnement, avec Clément, on a pu vraiment évaluer combien, chaque année, on pouvait aller chercher de ressources supplémentaires propres. Et par exemple, sur la première année, on était autour de 30 à 35 000 €, ce qui correspond à ce que je vous disais tout à l'heure, c'est-à-dire à la baisse de subventions publiques qu'on a eue l'année dernière. Donc, en fait, c'est assez cohérent et rassurant.

Ça compense, et ça ne vous demande pas finalement une surcharge de travail ?

Non, non, au contraire. Je pense même qu'à terme, ça peut nous dégager du temps pour d'autres réflexions et d'autres modélisations.

Au fond, quel bilan tirez-vous après un an d'accompagnement, Géraldine Taillandier ?

Un bilan très positif et rassurant. Ça nous permet de moins subir, finalement, ce dont on parlait, ce que Clément évoquait tout à l'heure, et d'être force de proposition dans les choix futurs pour l'association et en lien avec les collectivités.

Clément Lattuada, c'est vous, avec le cabinet Rydge, qui avez accompagné l'association Syntax Culture Numérique Reims dans la transformation de son modèle économique. Quel regard portez-vous sur le travail qui a été accompli et qu'on vient d'entendre ?

Le travail qui a été réalisé et mené par Géraldine avec ses équipes est impressionnant, d'un premier point de vue, et inspirant, d'un second point de vue. Finalement, Syntax a accepté de prendre un virage important, de faire évoluer certains curseurs de son modèle économique, pour pouvoir anticiper et mieux s'adapter aux impacts de la baisse de financement, mais aussi réfléchir à comment conserver l'essence même de son projet et adapter l'ensemble de ses projets, pour répondre aussi bien aux besoins du territoire qu'aux évolutions des pratiques, notamment autour des arts numériques, mais aussi de la commande publique.

Avec moins de financement, on a trouvé des leviers pour les contourner, en quelque sorte, et trouver une forme de modèle économique qui ne repose pas uniquement sur la base subventionnable — c'est ce que nous expliquait Géraldine Taillandier, ce choix, finalement, de diversifier les activités pour assurer l'avenir financier de l'association. Ce moyen-là est-il souvent utilisé aujourd'hui ?

Oui, totalement, et de manière bien plus fréquente qu'on pouvait l'observer il y a quelques années. Pour pouvoir faire perdurer leurs actions et inscrire leur activité dans la viabilité économique, les structures associatives n'ont tout simplement plus le choix. Pour continuer à exister, elles doivent adapter leur offre et sortir de leur terrain de jeu habituel, pour faire vivre leur projet associatif.

Parfois, ça va plus loin : les associations sont amenées à se transformer en profondeur ?

Totalement. Ce contexte invite parfois les structures associatives à se changer radicalement, et à trouver des leviers complètement différents de ceux sur lesquels elles avaient pour habitude de fonctionner. J'ai un exemple parlant : une structure de l'insertion par l'activité et le logement, qui a complètement changé son mode opératoire, en modifiant totalement les bases sur lesquelles elle intervenait, avec un fort partenariat avec des bailleurs privés, pour pouvoir capter du logement et surtout mettre à l'abri un certain nombre des usagers qu'elle accompagnait, en développant une ingénierie autour de la gestion locative, en captant elle-même du logement et en traitant directement la question de la mise à l'abri, avec son propre parc immobilier.

Est-ce qu'on assiste aussi à des regroupements d'associations, pour être plus fortes dans un secteur, pour peser davantage ?

Oui, objectivement, on observe de plus en plus des tendances de concentration, ou des dynamiques de coopération, de mutualisation, voire de fusion entre structures associatives, et cela de deux sortes. On a des rapprochements qui peuvent être imposés par des évolutions et des changements de politiques publiques, parfois par une simple réforme — on a des acteurs qui sont sous la contrainte de se rapprocher. Et puis, parfois, il y a des dynamiques un peu plus favorables et plus faciles à mettre en œuvre : ce sont des approches, j'ai envie de dire, volontaristes, où les acteurs se mettent en coopération pour renforcer, structurer leurs compétences et développer leur activité en commun.

Quels autres leviers les associations peuvent-elles actionner pour trouver de nouvelles sources de financement ?

Il y a plusieurs leviers, mais il y en a deux, aujourd'hui, qui montent en puissance. Un premier, qui est en quelque sorte la mesure d'impact social — un terme assez novateur, qui existe depuis un certain temps et qui commence à prendre du poids —, qui a pour but simplement de démontrer l'intérêt et l'efficacité de son action, pour justifier et mobiliser de nouveaux financements. Et puis il y en a un deuxième, qui est le mécénat — mais pas seulement le mécénat financier, aussi le mécénat de compétences —, pour soutenir les projets et apporter des compétences permettant de développer les activités, par un tout autre levier que financier.

Par exemple, on a une compétence dans une entreprise, et on la met au service de l'association quelques heures, une journée, de temps en temps ?

Tout à fait, ce qui peut être parfois une activité bénévole, mais aussi une compétence ou une expertise technique. À titre d'exemple, j'ai des besoins d'accompagnement spécifiques sur des questions RH : je peux très bien mobiliser, à titre bénévole, une personne d'une structure qui fait de l'engagement citoyen dans son entreprise, pour mettre à disposition ses compétences.

On entend que les pistes pour trouver de nouveaux financements sont nombreuses, mais souvent il faut un déclic. Quels conseils auriez-vous envie de donner aux associations qui pourraient redouter, finalement, de se lancer dans un audit, et ensuite dans une transformation ?

Effectivement, le sujet n'est pas simple à appréhender et à aborder. Mon message est assez simple : c'est n'ayez pas peur. C'est vrai que le mot « transformation » peut parfois être une hantise, mais le sujet peut être passionnant, pour requestionner les fondements de son projet associatif, et pouvoir requestionner aussi le cadre d'intervention et les moyens de nos activités. Et nous, à l'échelle de Rydge Conseil, notre ambition, c'est de pouvoir accompagner plus précisément, dans ce type de situation, les structures associatives, pour qu'elles se saisissent des opportunités et appréhendent de la meilleure des façons ces différents enjeux, pour mettre en lumière, mais aussi mettre en œuvre, ces changements, et réussir, étape par étape, les différents jalons qui permettent de contourner les problématiques auxquelles peuvent être exposées les structures associatives.

Géraldine Taillandier, au sein de l'association Syntax que vous dirigez à Reims, mesurez-vous déjà des retombées après l'accompagnement dont vous avez bénéficié et les changements qu'on a entendus, que vous avez mis, et que vous allez mettre en place ?

Oui, tout à fait. Déjà, comme je le disais tout à l'heure, pendant l'accompagnement, il y a des choses qui ont été ajustées, presque modélisées. Et cette démarche, comme je le disais, elle est au départ un peu déstabilisante, mais en même temps, elle permet de mobiliser aussi bien les équipes que, évidemment, les partenaires. Et du coup, c'est assez confortable, ça permet d'être réactif. Par exemple, à la suite de l'accompagnement, on a eu l'opportunité de faire une demande de subvention européenne, dans le cadre de notre statut de tiers-lieu, pour un appel à manifestation d'intérêt visant à structurer les tiers-lieux. Et moi, je me suis clairement servie du diagnostic pour pouvoir aller chercher des fonds qui nous permettent justement de mettre en place les livrables de ce diagnostic.

Donc ça donne un poids important d'arriver, finalement, avec ce dossier solide ?

Eh bien oui, ça permet vraiment de se crédibiliser. Ça permet vraiment de nous rassurer, nous, dans notre modèle, mais aussi de rassurer nos partenaires évidemment.

Merci à tous les deux pour votre partage d'expérience et pour vos explications. Géraldine Taillandier, je rappelle que vous êtes directrice de l'association Syntax Culture Numérique Reims. Merci beaucoup. Et merci Clément Lattuada, consultant chez Rydge, spécialiste des sujets de transformation des modèles économiques pour les structures de l'économie sociale et solidaire. Merci à vous.

Le podcast « ESS et territoires » de Rydge explore les tendances et les pratiques du moment de l'économie sociale et solidaire. Dans le prochain épisode, nous découvrons comment les acteurs de l'ESS peuvent moderniser leur pilotage financier pour sécuriser leurs projets et leur avenir.

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