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ESS et territoires

Comment devenir fédération à mission pour valoriser ses engagements sociétaux ?

La Fédération Française de Tennis de Table est devenue, en juin 2025, la première fédération sportive à mission en France. Un statut inédit qui valorise le rôle social des clubs, renforce leur attractivité auprès des partenaires et facilite l’obtention de subventions.

Dans cet épisode, découvrez comment la FFTT a construit cette démarche, ses engagements de vivre ensemble, inclusion, cohésion, et les bénéfices concrets de ce modèle : marque employeur renforcée, actions plus lisibles, nouveaux licenciés, transparence accrue et meilleure reconnaissance institutionnelle...

Retranscription du podcast "Comment devenir fédération à mission pour valoriser ses engagements sociétaux ?"

Dans cette série « ESS et territoires » du podcast Rydge, nous décryptons avec nos invités les tendances et les pratiques actuelles de l'économie sociale et solidaire. Nous donnons la parole aux acteurs de l'ESS et des territoires avec pour objectif : vous aider à entreprendre et à valoriser vos initiatives innovantes. Soyez les bienvenus, ce podcast est fait pour vous.

Vous connaissez certainement les entreprises à mission. Eh bien, sur le même modèle, il existe maintenant les fédérations à mission. C'est nouveau, et cela concerne notamment le domaine du sport. Car oui, le sport, c'est bien plus que la recherche de la performance. Le sport crée du lien, favorise la santé, participe à l'éducation des plus jeunes et contribue au développement des territoires. Être fédération sportive à mission permet de valoriser l'utilité sociale du sport, avec à la clé davantage de partenariats et une meilleure visibilité.

Pour décrypter ce dispositif innovant, la fédération à mission, je vous présente nos deux invités. Malaurie Lasnier, directrice du pôle accompagnement des clubs et des territoires à la Fédération française de tennis de table. Bonjour.

Bonjour.

Et Antoine Guyot, expert Rydge, spécialiste des sociétés à mission. Bonjour.

Bonjour.

La Fédération française de tennis de table est devenue fédération à mission le 1er juillet 2025. C'est la toute première en France. Qu'est-ce que ce statut, Malaurie Lasnier, change concrètement sur le terrain pour les clubs et pour les licenciés ?

Alors, pour en parler concrètement, je vous propose de partager le témoignage d'un club, le club de Fouras, qui a envoyé spontanément un courrier au président Gilles Erb, président de la Fédération, qui témoignait qu'il ne savait pas trop où il mettait les pieds en devenant un club d'une fédération à mission. Et finalement, il a quand même voulu bénéficier de subventions. Il a fait une demande auprès du Conseil régional et il a été très étonné d'avoir une réponse positive. Et au-delà de ça, il a obtenu 90 % de ce qu'il avait demandé, soit 9000 €. Donc il en était très content, et il s'est dit que c'était plutôt très valorisant de montrer tout ce qu'il peut faire autour de cette fédération à mission et du lien social qu'il y a dans le club.

Cette anecdote dit beaucoup de choses. Antoine Guyot, quand on parle de mission pour une fédération sportive, de quoi s'agit-il exactement ?

Il s'agit d'abord de formuler la raison d'être et les engagements d'une fédération sportive. Par exemple, un engagement environnemental, de décarbonation des activités, un engagement social, un engagement territorial. L'idée, c'est de formaliser l'utilité sociétale de la fédération, au-delà, et même bien au-delà, du sport de haut niveau. Comment tel ou tel sport peut venir aider la société, par exemple en matière de santé publique, d'inclusion sociale, d'activités pour les quartiers populaires. Le choix d'un modèle de ce type-là permet à la fédération de réfléchir, au-delà du nombre de médailles olympiques — et c'est très important, les médailles olympiques — à l'impact spécifique qu'elle peut avoir sur la société.

Cette mission peut se traduire par des projets et des investissements bien concrets. À la Fédération française de tennis de table, Malaurie Lasnier, quelles valeurs et quelles missions avez-vous formalisées ?

Alors, nous avons réussi à formaliser une raison d'être, qui s'est formulée de la manière suivante : « Faire rayonner le ping-pong pour toutes et tous, créateur d'émotions par la performance sportive et citoyenne. » Les valeurs que nous voulons porter sont celles du vivre-ensemble, les valeurs de partage, de dépassement de soi — ça reste un sport olympique —, de collaboration et d'entraide. Tout ce qui fait que, lorsqu'on est dans un club, on trouve finalement une seconde famille. Le tennis de table est en effet très accessible. Il permet à quasiment toutes les personnes en situation de handicap de pratiquer. On a, aux Jeux paralympiques, dix catégories handisport, et on a même la possibilité, en sport adapté, pour les personnes atteintes de déficience mentale. Notre sport est vraiment très inclusif, et les clubs de valides accueillent vraiment toutes les personnes en situation de handicap. Ils jouent ensemble, ils progressent ensemble et ils vivent ensemble. C'est vraiment un lieu de vie où tout le monde peut pratiquer, avec des adaptations si nécessaire.

En vous entendant, on devine que devenir fédération sportive à mission, finalement, c'est revendiquer, valoriser ce qui est déjà fait en grande partie au quotidien par les clubs et par les licenciés ?

Exactement. Ils ont souvent l'impression que tout est normal, et ils ne le valorisent pas forcément. Mais un club, c'est bien plus. Il permet, par exemple, aux enfants de retrouver la confiance et le lien social qu'ils n'ont pas toujours forcément dans leur école ou leur foyer. Ils viennent par exemple faire leurs devoirs, ils arrivent un peu plus tôt au club, les bénévoles qui sont là ou l'entraîneur les aident, et ça, ça se valorise. C'est vraiment un rôle éducatif que les clubs endossent. Ils permettent aussi de pratiquer en toute sécurité et autour de la santé : on vient retrouver une activité physique, ou on commence une activité physique douce, et là, forcément, il y a un lien social, et c'est vraiment très enrichissant. Et les clubs, maintenant, peuvent vraiment le valoriser autour de l'identité de cette fédération à mission.

Antoine Guyot, c'est vous, avec votre équipe, qui avez accompagné la Fédération française de tennis de table dans ses démarches pour devenir fédération à mission. Au départ, il faut le rappeler, c'est un modèle qui n'existait pas ?

Effectivement, la fédération à mission n'existait pas, parce que le seul modèle existant était celui de la société à mission, que la loi Pacte permet, au sens de société commerciale. C'est donc un modèle, celui de la fédération à mission, qui est inspiré des sociétés à mission, mais qui est adapté aux associations et aux fédérations. Un modèle innovant et différenciant.

Alors, quelles sont les principales étapes, finalement, pour devenir fédération sportive à mission ?

La première étape consiste à formuler la mission. Ça se fait via des ateliers participatifs qui impliquent les collaborateurs, une cellule projet, les dirigeants évidemment, et peut-être aussi un consultant. Une première formulation provisoire va ensuite être discutée, retravaillée, on va dire challengée en bon français, auprès des parties prenantes, par exemple via un questionnaire envoyé aux adhérents au sein de la FFTT. La deuxième étape, c'est la modification statutaire : il faut réunir une assemblée générale extraordinaire et atteindre la majorité des deux tiers pour valider cette démarche. Et ce n'est pas anodin : avant le tennis de table, une autre fédération n'avait pas réussi à franchir ce seuil, malgré une formulation qui avait été travaillée. Ensuite, et dès le début en fait, il y a l'embarquement de l'ensemble de la fédération pour faire vivre cette mission, et à tous les niveaux : dirigeants, comités, ligues, clubs, adhérents. La mission doit perdurer dans le temps. Enfin, le suivi se fait via la mise en place d'un comité dédié. Une vérification externe va avoir lieu tous les 2 à 3 ans selon la taille de la structure. Elle atteste de la correcte exécution de la mission et empêche le greenwashing, ou ici le « purpose washing ».

À la Fédération française de tennis de table, comment avez-vous impliqué, comme on vient de l'entendre, les clubs, les licenciés, les salariés dans la définition de votre raison d'être et de vos valeurs ?

Alors effectivement, nous avons sollicité tous les acteurs du tennis de table pour co-construire cette raison d'être et les valeurs qu'on inscrivait en face, avec les salariés, les dirigeants des ligues et même les cadres d'État qui sont missionnés au sein de notre fédération. On a organisé deux webinaires de présentation en février — on avait commencé les démarches avec Rydge au préalable. Et puis le travail de co-construction s'est poursuivi avec un questionnaire diffusé à l'ensemble de la communauté pongiste, tous les licenciés de la fédération, et des ateliers territoriaux réunissant les élus et salariés des ligues régionales. Enfin, une table ronde a été organisée le 9 juin dernier, lors de notre convention nationale, en amont de l'assemblée générale. Cet atelier a été animé par Yoann Penel, directeur de l'Observatoire des sociétés à mission. Donc un gros travail de préparation.

Ensuite, qu'a donné le vote ?

Un gros travail qui s'est effectivement conclu par un vote à 80 % des votants. Donc on en était vraiment très satisfaits. Le vote a été ouvert pour que le maximum de personnes puissent voter et témoigner de leur engagement et de cette volonté. Ce vote s'est fait en ligne, pendant 24 h, avec quasiment aucune abstention. Ça, c'est le signe que tout le monde a adhéré, finalement, au processus, du moins. Mais je pense que tout le monde l'a compris et y a effectivement adhéré.

Alors, à quoi cela sert-il, finalement, d'être une fédération sportive à mission ? On a effleuré le sujet au début de notre épisode, on va prendre le temps maintenant de détailler cet aspect important. Malaurie Lasnier, à la Fédération française de tennis de table, vous avez pu mesurer des retombées économiques très concrètes ?

Alors on parlait d'un club, mais nous aussi, en tant que fédération, nous avons commencé des échanges avec le Crédit Mutuel pour essayer de trouver un partenaire. Les échanges étaient engagés depuis plusieurs mois pour aller vers un partenariat. Mais finalement, c'est lorsque Gilles Erb, le président, a commencé à évoquer, lors d'un rendez-vous avec notre interlocuteur, Laurent Berthet, du Crédit Mutuel — qui est elle-même une banque à mission, une société à mission —, qu'il allait mettre en place, on va dire, un processus pour devenir fédération à mission, qu'à ce moment-là, Monsieur Berthet a été très intéressé par ce terme, et les discussions ont repris de plus belle et sont allées jusqu'au partenariat, grâce au fait qu'on a conduit ce projet.

Antoine Guyot, on le devine, les bénéfices peuvent être nombreux et variés ?

Oui, tout à fait. Être fédération sportive à mission, ça permet par exemple de renforcer la marque employeur, ça permet d'attirer, tout simplement, de donner du sens aux actions de la fédération, de ses clubs, d'attirer donc de nouveaux licenciés évidemment. Ça contribue également à une différenciation très positive, qu'il est possible de valoriser auprès de partenaires — Malaurie vient d'en parler — comme de faciliter les relations avec les collectivités territoriales, qui jouent un rôle important de financeur pour le monde sportif. Enfin, ce modèle, il est vertueux, parce qu'il oblige à rendre des comptes : les fédérations doivent démontrer que leurs engagements sont respectés.

À votre avis, toutes les fédérations sportives peuvent-elles suivre le tennis de table et devenir fédérations à mission ?

Oui, toutes les fédérations, et même bien au-delà : toute fédération peut s'engager dans cette démarche. Plusieurs fédérations — le rugby, par exemple — commencent à réfléchir à leur raison d'être. Le ministère des Sports ne voit aucun inconvénient à ce que les structures fédérales s'engagent dans cette direction. Le modèle est donc applicable à toutes, à condition de se sentir prêtes, bien sûr, et de respecter les différentes étapes de la transformation.

Et quelles sont, tout de même, les précautions à prendre ?

La première précaution, c'est de ne pas se lancer pour de mauvaises raisons, comme des raisons fiscales ou des raisons purement marketing. Il faut que la démarche soit sincère, vertueuse. Ce ne doit pas être de l'affichage. Il est crucial de réussir la formulation de cette mission, et de s'assurer de son acceptation — c'est vraiment un mot-clé — par le plus grand nombre de parties prenantes. Ensuite, il faudra veiller à cet embarquement complet de la fédération, à la mise en œuvre concrète de cette mission sur tous les territoires, auprès de tous les clubs. Et puis, enfin, il ne faut pas sous-estimer la phase de suivi : la mission doit réussir à vivre dans la durée.

Malaurie Lasnier, la Fédération française de tennis de table est pionnière : qu'avez-vous envie de dire aux autres fédérations qui se posent la question de devenir fédération à mission ?

Déjà, dire que nous sommes fiers d'être une fédération pionnière. Souvent, les gens trouvent que c'est compliqué d'aller vers le changement, que ça peut être long, et que, quand on veut faire bouger les choses, on veut accompagner les gens vers le changement, c'est toujours un peu long, forcément, ça va bousculer un petit peu. Le jeu en vaut vraiment la chandelle, parce que cette ambition pour l'avenir, elle se co-construit. Et quand on réussit à bien expliquer et à bien montrer que, finalement, ce changement va tout simplement valoriser quelque chose que les gens font déjà, ils se disent : oui, effectivement, autant continuer en ce sens, et réussir à se sortir un peu de cette ambiance sociétale un peu bouleversée. Donc montrer tout ce lien social et montrer tout ce que notre sport, et le sport en général, peut apporter de bénéfique aux pratiquants et aux gens en général, c'est vraiment, je pense, la meilleure chose.

Merci Malaurie Lasnier de nous avoir apporté votre témoignage. Je rappelle que vous dirigez le pôle accompagnement des clubs et des territoires au sein de la Fédération française de tennis de table, première fédération sportive à mission de France. Merci. Et merci Antoine Guyot, expert Rydge, spécialiste des sociétés à mission.

Merci.

Et merci à vous de nous avoir suivis. Dans le prochain épisode de notre série « ESS et territoires » du podcast Rydge, nous explorons comment, en tant qu'association, faire de son modèle économique un levier stratégique.

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