Dans une conjoncture économique incertaine, les entrepreneurs et dirigeants doivent plus que jamais piloter leur activité avec souplesse et précision. Tension de trésorerie, masse salariale, patrimoine professionnel et personnel : dans cette série, nos experts vous expliquent concrètement comment anticiper les risques et garder le cap, même en période de turbulences. Soyez les bienvenus, ce podcast est fait pour vous.
Notre cinquième épisode est consacré aux tensions que traversent aujourd'hui les entreprises. Que faire en cas de coup dur ? Vers qui vous tourner ? Pour nous aider à décrypter la situation et envisager les solutions possibles, j'accueille Anne Latorre. Bonjour.
Bonjour.
Vous pilotez pour la France l'activité prévention des difficultés chez Rydge. Vous êtes chaque jour au contact des dirigeants et des entrepreneurs. Qu'est-ce qui vous frappe le plus dans leurs problèmes en ce moment ?
Ce qui me frappe le plus aujourd'hui, c'est que les dirigeants viennent souvent dans des situations qui sont très critiques, plus tendues qu'auparavant. Souvent des problématiques de trésorerie, des tensions à plus ou moins court terme. On se pose la question de leur capacité à rembourser leurs dettes financières — notamment, je vais prendre l'exemple du PGE, ça va parler à beaucoup de monde — mais aussi les emprunts classiques ou les dettes LBO. Donc on a souvent des sujets de restructuration de dettes, avec des difficultés à amortir la dette dont dispose la société. Et puis on a des dirigeants qui viennent aussi nous voir pour des problématiques plus lourdes, notamment le paiement des cotisations sociales ou les salaires à court terme. Des problématiques un peu plus importantes que celles qu'on rencontre habituellement chez nous, mais qui ont tendance à s'accélérer ces derniers mois et qui sont plus critiques.
Pour quelles raisons, à votre avis, ces situations se sont-elles accélérées et ont-elles pris de l'ampleur ?
D'une part, on voit une explosion de l'endettement des sociétés, entre autres expliquée par les PGE. Mais aussi, on a une dégradation progressive et forte de la rentabilité des sociétés dans un contexte économique particulièrement instable. On a l'inflation, on a les difficultés à vendre, à répercuter la hausse des coûts sur le chiffre d'affaires. Ces deux éléments conjugués contribuent à dégrader les performances de la société et donc à créer des tensions de trésorerie. Et donc les dirigeants viennent souvent nous voir dans ces conditions, et souvent face à des phénomènes d'urgence.
Et dans ces cas-là, précisément, comment intervenez-vous ?
Alors d'abord, on intervient dans un premier entretien de deux heures environ, qui nous permet de nous faire une idée des difficultés que rencontrent la société et le dirigeant. C'est un premier diagnostic un peu rapide, sans poser forcément des chiffres, mais qui nous permet déjà d'identifier la situation. Ensuite, on va rentrer plus dans le détail, on va pousser l'étude des chiffres, on va établir ce qu'on appelle un diagnostic financier, qui va nous permettre, à travers la projection des éléments d'exploitation, de définir le besoin de trésorerie de la société. On parle de combien, et on parle de quoi en termes d'horizon temporel. Et ensuite, ça va nous permettre d'identifier la solution la plus adaptée à mettre en œuvre. Notamment, on va répondre à une question qui est fondamentale : la société se trouve-t-elle en état de cessation des paiements ?
Anne Latord, à partir de ce diagnostic précis, quelles solutions concrètes pouvez-vous proposer ?
On a la chance, en France, d'avoir un panel de solutions qui est très large. On a des solutions qui vont pouvoir traiter les problématiques dans un cadre totalement confidentiel. Je vais prendre l'exemple de la restructuration de l'endettement bancaire. Si une société a des problématiques de trésorerie et qu'elle ne se trouve pas en cessation des paiements, on a la capacité d'aller négocier, dans un cadre juridique encadré, avec les banques, pour aller demander un allongement de la durée d'amortissement — notamment des PGE, des emprunts moyen terme — mais ça va être aussi de restructurer la dette LBO par exemple, et aussi de sécuriser ce qu'on trouve autour des lignes court terme, donc les découverts autorisés, les crédits de campagne dont peuvent bénéficier certaines entreprises. Donc l'idée, c'est d'aller sécuriser les engagements financiers dont dispose la société et d'aller négocier un rallongement, pour pouvoir donner plus de souffle à la société en termes de trésorerie.
C'est-à-dire qu'on va mettre tout ça sur pause pendant un certain temps ?
La société n'aura plus à rembourser ses emprunts. Et pendant ce temps-là, ça va lui permettre de mettre en place toutes les solutions pour restaurer la profitabilité, parce que ce qu'on va chercher avant tout, bien entendu, c'est de gagner du temps, pour que la société puisse être à même d'engager toutes les mesures de restauration de la rentabilité à plus ou moins court terme.
Et ces solutions que vous venez d'évoquer, toute cette palette, ça fonctionne ?
Oui, ça fonctionne. Les procédures préventives, donc confidentielles, sont très efficaces. J'en ai beaucoup d'exemples, mais notamment une société qu'on a accompagnée, qui réalisait des travaux dans le bâtiment. C'est un groupe avec notamment une filiale défaillante et des problématiques d'endettement trop significatif par rapport à la rentabilité qu'elle était en mesure de dégager. On a accompagné le groupe pour pouvoir se séparer de cette filiale, donc la liquider, ce qui a permis de couper un foyer de pertes. Et d'autre part, on a restructuré totalement l'endettement bancaire et également LBO, en sécurisant les lignes court terme sur l'ensemble des autres structures. Ce qui a permis, finalement, de réduire le poids du remboursement de l'endettement chaque année et de le rééquilibrer par rapport à la profitabilité que le groupe était en mesure de dégager.
Vous évoquez là la question de la restructuration, pour que l'entreprise continue à aller de l'avant. Pour plus de détails sur ce point précis, je vous renvoie à l'épisode 2 de notre podcast, dans lequel justement cette solution est abordée en détail.
Alors Anne Latord, si les difficultés sont plus importantes et qu'une procédure amiable n'est pas possible, comment agissez-vous aux côtés des chefs d'entreprise ?
Alors, on va leur conseiller de mettre en œuvre ce qu'on appelle les procédures collectives, qui sont, contrairement aux procédures amiables, des procédures publiques, mais qui sont tout aussi efficaces. Elles vont permettre, dans un premier temps, de geler l'intégralité de la dette de la société — pas uniquement la partie bancaire, mais également les fournisseurs, les dettes fiscales et sociales, les comptes courants, tout ce qu'on va trouver dans les dettes du bilan. Ensuite, pendant 12 à 18 mois, la société ne sera plus en mesure de payer ses dettes. Donc ça va forcément lui amener un bol d'air significatif en termes de trésorerie. Bien entendu, il y a des contraintes, mais ensuite, l'objectif est d'aller négocier avec les créanciers un plan d'apurement de ces dettes-là, qui peut aller jusqu'à une durée de 10 ans. Donc forcément, ça va leur apporter une certaine souplesse, et ça va leur permettre de restaurer progressivement la profitabilité et d'amoindrir le poids de la dette chaque année.
Ça a fonctionné pour certains de vos clients ?
Oui, en effet. J'ai un exemple en tête, celui d'un hôtel que nous avons accompagné il y a plusieurs années pour restructurer sa dette bancaire à travers une procédure collective. Ça a permis de réétaler la dette sur une durée de 10 à 12 ans, ce qu'on ne peut pas faire en procédure amiable. Et dans le cas de cet hôtel, l'avantage était absolument significatif, puisque ça a permis de réduire considérablement le poids de sa dette chaque année, par rapport finalement à la rentabilité qu'il était en mesure de dégager.
Quelle est, finalement, la bonne attitude à avoir quand on est chef d'entreprise et qu'on voit les nuages arriver ?
C'est l'anticipation. C'est l'anticipation, et ne pas hésiter à en parler, à se faire accompagner par des spécialistes. Comme je le dis souvent, un entretien ne coûte absolument rien : c'est deux heures d'échanges, et ça permet souvent de faire tomber des barrières et, en tout cas, de commencer à entrevoir les premières solutions.
Merci pour vos explications concrètes. Anne Latord, je rappelle que vous pilotez l'activité prévention des difficultés chez Rydge. Merci.
Et merci à tous pour votre écoute. Dans le prochain épisode du podcast Rydge, nous parlons de la croissance externe de votre entreprise : comment une acquisition peut être une bonne solution en cette période économique difficile ?