Dans une conjoncture économique incertaine, les entrepreneurs et dirigeants doivent plus que jamais piloter leur activité avec souplesse et précision. Stratégie patrimoniale, fiscalité, préparation de la retraite du dirigeant. Dans cette nouvelle série, nos experts vous expliquent concrètement comment anticiper les risques et garder le cap, même en période de turbulences. Soyez les bienvenus, ce podcast est fait pour vous.
Pour un chef d'entreprise, préparer sa retraite est souvent plus complexe qu'on ne l'imagine. La carrière est parfois morcelée, les régimes sont multiples et les règles pas toujours simples à décrypter. Alors, à quel âge partir ? Quel niveau de pension viser ? Et surtout, quelles solutions mettre en place pour optimiser la retraite du dirigeant ? Pour nous éclairer, j'accueille Pierre-Yves Le Corre, conseiller patrimonial chez Rydge. Bonjour.
Bonjour.
Fin 2025, les députés ont suspendu la réforme des retraites, sujet qui a fait couler beaucoup d'encre. Qu'est-ce que cette décision change pour le dirigeant qui envisage de cesser son activité ?
Alors, pour le dirigeant, comme pour tout le monde d'ailleurs, ce n'est pas un retour à 62 ans, comme on peut souvent l'entendre ou le croire. Cette suspension, finalement, revient à décaler d'un an l'âge légal. Finalement, l'idée c'est de reporter cet âge légal, en tout cas la décision, à la prochaine élection présidentielle. C'est maintenant donc la génération 69 qui va porter l'objectif des 64 ans, et non plus la génération 68, comme c'était le cas avant cette suspension. Les dirigeants qui sont proches du départ à la retraite, au mieux, ont gagné trois mois dans cette histoire.
Précision importante, effectivement. Pourquoi la carrière d'un dirigeant est-elle souvent plus difficile à reconstituer que celle d'un salarié ?
Un salarié, par exemple, lui, a généralement deux caisses de retraite — pourquoi ? — puisqu'il a un régime de base et un régime complémentaire obligatoire. Pour ce qui est du dirigeant, lui, ça va être différent, puisque sa carrière va être plus morcelée. Finalement, il n'a pas été dirigeant toute sa vie, il a souvent commencé en tant que salarié, donc il va avoir la caisse des salariés, et aussi celle des indépendants, voire d'autres régimes encore, selon l'évolution de sa carrière. Chaque régime a ses propres règles, il faut donc analyser les choses caisse par caisse pour finalement pouvoir répondre à une question qu'il pourrait avoir.
Il est donc indispensable pour le dirigeant, avant de se projeter sur la date de départ en retraite et sur le montant de sa retraite, de bien s'assurer que son relevé de carrière ne comporte pas d'anomalies ?
Tout à fait. C'est pour ça que, dans les bilans retraite, on commence toujours par un contrôle du relevé de carrière. Ce contrôle, on va le faire tout d'abord avec le relevé de carrière, en comparant les différentes périodes, et avec un échange avec notre client. Et puis, si on constate des anomalies — ce qui arrive quand même assez régulièrement — dans ce cas-là, l'idée, c'est de les rectifier dans la mesure du possible. Et donc c'est pour ça qu'il est important pour le chef d'entreprise de bien conserver les justificatifs : par exemple l'état signalétique pour le service militaire, qui est assez répandu, les bulletins de paie pour la période salariée, ou encore les avis de cotisation URSSAF pour la période en tant qu'indépendant.
Et ensuite, très vite, se pose la question du « quand est-ce que je prends ma retraite ? » Comment répondez-vous à cette interrogation ?
En expliquant que c'est une question d'arbitrage. Finalement, soit vous pouvez partir plus tard à la retraite, et dans ce cas-là attendre une revalorisation de celle-ci, soit vous pouvez partir plus tôt et miser, dans ce cas-là, plus sur un cumul emploi-retraite, par exemple. Le contexte peut aussi jouer. Par exemple, dans le cadre d'une transmission de l'entreprise, soit vous avez une vente à un tiers, et dans ce cas-là le calendrier est un peu plus contraignant, soit vous avez le cadre d'une transmission familiale, et dans ce cas-là on va avoir plus de flexibilité. Sur ce sujet précisément, je renvoie à l'épisode de notre podcast consacré à la transmission familiale des entreprises, vous y entendrez les recommandations d'un avocat spécialisé.
Alors, une fois que le dirigeant a sa date de départ à la retraite, ce qui va le préoccuper, c'est le montant de sa pension. On va voir comment l'optimiser. Pierre-Yves Le Corre, vous êtes, je le rappelle, conseiller patrimonial chez Rydge Conseil. Quel est, d'après votre expérience, le dispositif le plus intéressant ?
Alors, les chefs d'entreprise n'y pensent pas souvent, mais l'épargne salariale est une formule quand même très intéressante. Le principe : vous épargnez tous les ans, et l'entreprise, derrière, va venir abonder le versement que vous réalisez. Cet abondement, il est au maximum de 300 %, ce qui veut dire, pour chiffrer les choses, que si vous mettez 1000, la société va mettre 3000, si on part toujours sur cet exemple de 300 %. L'épargne salariale, en plus de ce levier d'épargne, bénéficie d'une fiscalité quand même très attractive, par rapport notamment à d'autres contrats retraite.
C'est le dirigeant qui décide de l'abondement ?
Et ce qu'il faut bien préciser, ce qui est très important, c'est que l'épargne salariale, c'est un jeu collectif, c'est-à-dire que tout le monde en profite, que ce soit le dirigeant comme les salariés. Il faut donc bien tenir compte du contexte de la société pour pouvoir le faire, mais dès que c'est possible, on conseille fortement de mettre en place cette épargne et donc de la maximiser autant que faire se peut.
Un autre dispositif est souvent apprécié des dirigeants, et vous l'évoquiez, c'est le cumul emploi-retraite : vous percevez votre retraite et, en même temps, vous continuez à travailler dans votre société. Cette possibilité va bientôt être plus compliquée, plus restrictive ?
Tout à fait. À partir de janvier 2027, donc suite au vote de la loi de financement de la sécurité sociale 2026, le cumul emploi-retraite non restreint ne sera possible qu'à partir de 67 ans. Ce qui veut dire qu'avant cet âge, on aura des restrictions. Finalement, les revenus professionnels vont venir s'imputer, pour tout ou partie selon l'âge du contribuable, sur la pension de retraite. Le dispositif perd donc finalement de son attractivité. Il reste toutefois la possibilité de percevoir des dividendes.
Le chef d'entreprise peut aussi activer des leviers plus classiques, entre guillemets ?
Exactement. Donc, comme pour les salariés, on a la possibilité de racheter des trimestres si, bien sûr, la carrière est incomplète. Ou encore, côté contrat facultatif, l'épargne retraite dite « compartiment individuel », qui peut être souscrite, comme je le disais, par un salarié mais aussi par un chef d'entreprise.
Il y a une question que les dirigeants n'anticipent pas toujours, c'est celle du conjoint. En cas de décès, qu'est-ce qui est prévu dans ce cas-là ?
C'est la pension de réversion. Donc la pension de réversion, je le rappelle, c'est uniquement pour les couples mariés — aujourd'hui, le PACS n'ouvre pas droit à la réversion, il faut bien le rappeler. C'est un sujet que les clients n'amènent pas spontanément, mais que nous, on aime bien aborder. Et finalement, une fois qu'on en a parlé avec eux, ils sont quand même assez sensibles à ce sujet : la protection de l'autre. Concrètement, ce que l'on fait, c'est projeter la pension qu'aurait droit de percevoir le conjoint survivant en cas de décès de notre client.
À partir de quel âge vous semble-t-il judicieux de commencer à aborder toutes ces questions de retraite ?
Si l'idée est de maximiser sa retraite avec des contrats facultatifs, comme on a pu le voir avant, le plus tôt est le mieux. Alors ce n'est pas le plus courant, mais c'est vrai que j'ai des dirigeants qui viennent me voir, qui ont entre 40 et 45 ans. Et donc là, on est dans une situation qu'on peut dire plutôt idéale. En revanche, si vous êtes à quelques mois ou à quelques années de votre retraite, effectivement, on a une capacité d'épargne qui va être plus contraignante. Dans ce cas-là, on pourra parler d'autres dispositifs, par exemple le cumul emploi-retraite ou encore le rachat de trimestres. Le rachat de trimestres peut être fait à n'importe quel moment, tant qu'on n'a pas liquidé sa retraite, et ça peut permettre de belles revalorisations.
Merci pour vos explications, Pierre-Yves Le Corre, conseiller patrimonial chez Rydge Conseil. Merci à vous.
Et merci de nous avoir suivis. Dans le prochain épisode du podcast Rydge Conseil, nous décryptons la déclaration sociale nominative de substitution, c'est-à-dire la possibilité, pour l'URSSAF, de corriger elle-même les données concernant les salaires et les cotisations lorsque l'employeur ne l'a pas fait à temps.